Être attaché·e en shibari : un rôle actif, pas une posture passive
On parle souvent de « modèle de shibari ». L’expression a de l’usage, mais elle raconte mal ce qui se joue réellement dans une séance.
Le kinbaku est une pratique qui engage les deux partenaires: celui ou celle qui attache, et celui ou celle qui est attaché·e.
Parler de modèle laisse entendre une forme de passivité, comme si la personne dans les cordes se contentait de recevoir.
Dans les faits, c’est l’inverse : se détendre dans une contrainte est un exercice actif, qui suppose du discernement, des choix, et une vraie responsabilité dans la construction de la scène.
Cet article pose quelques repères pour penser ce rôle — avant, pendant et après la séance. Ce ne sont pas des règles figées : chacun·e ajustera selon sa pratique, son partenaire, son ressenti du moment.
Avant la séance : construire les bases
Se sentir légitime à poser des questions
Un cours de shibari ne s’adresse pas qu’aux personnes qui attachent. Les personnes attachées ont tout autant leur place dans le questionnement : interroger les enseignants, observer comment d’autres pratiquant·es gèrent une même situation, comparer les approches. Cette curiosité fait partie de l’apprentissage, elle n’est pas réservée à un rôle.
Prendre le temps de se connaître soi-même
Avant chaque séance, même avec un partenaire régulier, il vaut la peine de (se) demander où on en est : forme physique du jour, état d’esprit, limites qu’on a envie d’explorer, celles qu’on ne veut clairement pas franchir.
Cette vérification n’est pas une formalité qu’on fait une fois pour toutes. Le corps et l’esprit changent d’une session à l’autre.
Certaines particularités personnelles méritent aussi d’être partagées en amont. Un rire nerveux, des tremblements liés à une hypersensibilité de la peau, une réaction inattendue : prévenir son partenaire de ce type de signal évite les malentendus et les inquiétudes inutiles pendant la séance. Ce n’est pas un aveu de fragilité, c’est une information utile à la sécurité de tout le monde.
Se donner un vocabulaire commun
Pourquoi a-t-on envie de se faire attacher, ce jour-là, avec cette personne ? Qu’est-ce qu’on cherche à ressentir ? Ces questions, qu’on peut se poser seul·e ou à deux, aident à poser un cadre. Un vocabulaire partagé avec son partenaire — mots pour dire stop, pour signaler un inconfort, pour demander un ajustement — réduit considérablement les risques d’incompréhension une fois dans les cordes.
Donner une mesure au temps et à l’inconfort
Dire « ça va, je gère » ne veut pas dire grand-chose en soi. Préciser une durée approximative — trente secondes, cinq minutes — change la façon dont l’autre peut s’ajuster.
Pour les personnes qui attachent : il est utile de compter un peu moins de temps que ce qui a été annoncé, et de continuer à parler pendant l’attente pour rassurer et indiquer les étapes restantes. La voix, à ce moment-là, est presque aussi importante que la corde.
Prendre soin de son corps au quotidien
Une activité physique régulière, une attention portée à sa respiration et à la façon dont son corps bouge : ce sont des appuis qui servent bien au-delà des séances de shibari, mais qui prennent une valeur particulière une fois attaché·e.
Pendant la séance : ce qui se joue dans les cordes
Accepter la contrainte plutôt que la combattre
Résister à la corde la rend intrusive, parfois douloureuse, et augmente le risque de blessure. Apprendre à laisser le corps autoriser cette sensation nouvelle prend du temps — cela se construit séance après séance, et se renforce avec la confiance envers son partenaire et sa capacité à comprendre la mécanique du corps.
Respirer autrement
Un harnais bloque souvent la respiration thoracique habituelle. On se tourne alors vers une respiration ventrale, plus discrète, presque minimale. Chercher à respirer avec de grandes inspirations, à l’inverse, peut provoquer une hyperventilation. C’est un point de vigilance simple, mais qui change beaucoup le confort en séance.
Gainer pour se protéger
Rentrer légèrement le nombril, garder les abdominaux engagés : ce réflexe protège le dos, en particulier lors des backbends (cambrures). Tendre la pointe d’un pied ou donner de la longueur à une jambe allège aussi la répartition du poids. Il ne s’agit pas de danse ni de yoga ni de « faire joli », seulement de petits ajustements qui apportent un peu plus de confort et de sécurité.
Communiquer un problème sans détour
Quand quelque chose ne va pas, la clarté prime sur tout le reste. Une communication précipitée, vague, confuse, entraîne une réponse plus lente et moins adaptée et souvent, un désaccord après coup sur qui n’a pas su s’exprimer.
Ce qui touche à la sécurité doit être dit immédiatement et précisément, quelle que soit la dynamique relationnelle du moment : même dans un cadre D/s affirmé, la sécurité reste prioritaire.
La perception du corps se modifie dans les cordes, pour les deux partenaires. Un mouvement qu’on n’aurait jamais fait au sol peut arriver sans qu’on s’en rende compte. Il n’est pas nécessaire de crier ou de construire une phrase élaborée — l’état de conscience modifié rend ce genre d’effort contre-productif.
Deux réflexes suffisent souvent : nommer la partie du corps concernée et ce qui ne va pas (« jambe droite, la corde sur le tibia me fait mal »), puis formuler ce qu’on veut plutôt que de laisser l’autre chercher à tâtons (« peux-tu ajuster la corde au niveau du tibia droit ? »). La personne qui attache peut alors faire ressentir les passages de corde un par un jusqu’à identifier celui qui pose problème.
Après la séance : la place du feedback
Tout ce qui ne heurte pas immédiatement, sur le plan physique ou émotionnel, peut attendre la fin de la séance pour être évoqué. On peut très bien avoir validé quelque chose en amont — se faire tirer les cheveux, par exemple — et se rendre compte en cours d’action que ça ne convient plus.
Un feedback à chaud peut être nécessaire dans l’instant. Il ne remplace pas un feedback à froid, fait une fois les émotions retombées et l’esprit reposé — ce moment permet de prendre du recul, et parfois de reconsidérer ce qui s’est passé sous un jour différent.
Une méthode simple pour un feedback constructif
- Nommer ce qui a fonctionné. Un feedback commence par ce qui a été positif, avec sincérité.
- Nommer ce qui peut s’améliorer. Direct, factuel, sans détour inutile et si possible peu de temps après la séance, pendant que les détails sont encore précis.
- Chercher des pistes ensemble. C’est cette étape qui transforme un simple retour en véritable outil de progression : on ne s’arrête pas au constat, on réfléchit à ce qui pourrait être ajusté la prochaine fois.
Pour continuer la réflexion
Rien n’oblige à abandonner l’expression « modèle de shibari », elle reste d’usage courant, et chacun·e est libre de s’y référer par habitude ou par choix. Ce qui compte davantage, c’est la façon dont ce rôle est vécu : avec conscience de soi, une voix qui s’exprime avant, pendant et après, et la reconnaissance que la personne attachée est une co-actrice de la scène, pas seulement celle qui la traverse.
Envie d’explorer ces questions de communication et de consentement dans un cadre construit pour ça ? On en parle en cours et en session !

Bonjour.
Artiste plasticien, peintre, sculpteur et photographe, je voudrais créer des peintures avec le sujet du shibari. Dans ce sens je recherche un modèle féminin, pour une collaboration rémunérée bien entendu.
Si vous connaissez, ça me rendrait service et je vous en remercie.
Cordialement,
Nicolas Mocan
Bonjour,
Je vous invite à me préciser votre projet par mail ainsi qu’un lien avec vos références.
Bonne journée
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