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Emprise ou BDSM ? Comment reconnaître un contrôle coercitif déguisé

Emprise ou BDSM ? Comment reconnaître un contrôle coercitif déguisé

Stéphanie Doe 5 min de lecture Article vérifié

Emprise BDSM : reconnaître un contrôle coercitif déguisé

Le vocabulaire du BDSM — domination, soumission, protocole, autorité — sert parfois à masquer une emprise BDSM. Une dynamique D/s consentie n’est pas une relation d’emprise. Elle ne tient pas à l’intensité du pouvoir échangé, mais au cadre négocié, révocable, limité dans le temps et le champ de pouvoir accordé.

Cet article répond à une question que j’entends régulièrement : comment repérer le moment où quelqu’un utilise le BDSM pour imposer un contrôle qui, lui, n’a rien de consenti ?

Commençons par poser la distinction de base : celle du contrôle coercitif tel que le définissent la clinique et le droit.

Le contrôle coercitif, socle de l’emprise BDSM

Le contrôle coercitif désigne un concept clinique et juridique distinct de la violence physique ponctuelle. Il regroupe un ensemble de comportements (isolement, surveillance, restriction des ressources, dénigrement, menaces) que l’auteur emploie pour priver une personne de son autonomie.

Ce mécanisme peut exister dans n’importe quelle relation. Le BDSM, lui, ajoute un vocabulaire qui peut le rendre plus difficile à repérer; voyons pourquoi.

Pourquoi le vocabulaire BDSM facilite le glissement vers l’emprise

Le BDSM formalise l’asymétrie de pouvoir consentie entre deux personnes: c’est son principe même. Cette formalisation devient justement l’outil qu’une personne malveillante détourne : elle mobilise un vocabulaire légitime (« c’est notre protocole », « tu m’as donné ton contrôle », « une vraie soumise n’a pas besoin qu’on lui demande ») pour rendre une emprise difficile à nommer, y compris pour la personne qui la subit.

Cette dérive ne caractérise pas le BDSM en tant que pratique. Elle relève d’un risque présent dans tout contexte relationnel où l’un des partenaires détient, en apparence légitimement, davantage de pouvoir décisionnel ; un risque que la littérature sur le contrôle coercitif documente plus largement, indépendamment du cadre BDSM.

Pour distinguer les deux dans le concret, voici un listing comparatif à garder sous la main.

BDSM consenti ou emprise BDSM : le comparatif

Dans la pratique, cinq signaux méritent une vigilance particulière.
Attention Bien que la plupart des cas recouvrent des situations où la personne qui subit le contrôle coercitif est aussi la personne qui a le rôle « soumis.e » dans la relation, il existe des situations où la personne qui domine le fait en apparence et où la manipulation et le contrôle sont mis en place par la personne qui prend le rôle « soumis.e ».

Signaux d’alerte spécifiques à surveiller

L’asymétrie ne s’arrête jamais. Un cadre D/s consenti pose des frontières: temporelles, spatiales, contextuelles. Si le contrôle s’exerce en continu, sans switch off identifiable, ce n’est plus un jeu de rôle négocié.

Le refus d’utiliser un safeword / l’utilisation du safeword entraîne des conséquences. Le principe même du safeword est qu’il n’a pas à être justifié. Toute pratique où le partenaire dominant répond à son usage par des reproches, du silence punitif, ou une remise en question de la personne soumise constitue un signal fort.

Le vocabulaire de la soumission sert à décourager de partir. Des phrases comme « une soumise ne quitte pas son Dominant», «tu n’es rien sans moi », ou la présentation de la relation comme irrévocable, détournent un cadre de jeu vers un mécanisme d’enfermement. Mais aussi « un.e Dom ne quitte pas saon soumis.e quand iel va mal», «je ne suis rien sans toi », «si tu pars tu auras mon état sur la conscience »

L’isolement progresse sous couvert de discipline ou de lien. Restreindre l’accès aux ami·es, à la famille, aux ressources financières ou informationnelles « pour le bien de la dynamique, parce que personne ne peut comprendre » est un schéma de contrôle coercitif classique, indépendamment du vocabulaire employé ou du contexte BDSM.

Le déni, la minimisation et le renversement de la faute suivent la confrontation. Une revue de littérature portant sur des hommes auteurs de violences conjugales identifie ces mécanismes (déni, minimisation, justification, blâme) comme des réponses fréquentes lorsqu’on questionne le comportement.

Ce qui ne fait pas de la relation BDSM une emprise coercitive

  • Une asymétrie de pouvoir marquée et assumée, y compris en 24/7, ne pose pas problème en soi si les partenaires l’ont négociée et la maintiennent révisable ; à condition de prévoir des temps réguliers de bilan, en dehors du rôle, pour vérifier que la personne soumise dispose réellement d’un espace de négociation et d’expression, et pour interroger les conséquences immédiates et différées de cette asymétrie sur sa vie hors BDSM (travail, finances, lien social, santé psychique).
  • Le port de règles strictes ou de rituels de soumission ne constitue pas un signal d’alerte en tant que tel.
  • Ressentir de la vulnérabilité ou de la dépendance émotionnelle pendant ou après une scène (sub-space, drop) reste un phénomène connu et documenté, distinct de l’emprise ; à condition que le partenaire dominant ne l’exploite pas.
  • Une personne qui refuse se s’informer sur les risques, de se former, de construire une dynamique à deux et qui laisse la personne la moins expérimentée se débrouiller tout en étant assez dissuasif: red flag.

Le critère de distinction reste le même dans tous les cas : la personne peut-elle dire non, se rétracter, partir ?

Si la réponse est non, ou si le doute persiste, il est conseillé de chercher de l’aide.

⚠️ Numéros utiles en France

Si vous traversez personnellement une situation de ce type, cet article n’a pas vocation à remplacer un accompagnement thérapeutique et ni une prise en charge adaptée: les ressources ci-dessous sont là pour ça.

3919: violence femmes info
3133 maltraitance d’une personne vulnérable
116 006 france victimes
3114 prévention suicide
17 police secours (114 pour les personnes malentendantes)
15 samu
18 pompiers

Stéphanie Doe

Stéphanie Doe

Psycho-sexothérapeute intégrative, autrice et enseignante de Shibari (Naka Ryu) au Puy-Sainte-Réparade (Aix-en-Provence) et en téléconsultation.

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